Pat Burns était un dieu à Toronto en 1993

Peter Forsberg, Rob Blake, Mike Modano et Dominik Hasek ont été admis au Temple de la renommée du hockey, lundi soir. On a aussi fait une place à l’arbitre Bill McCreary et à PAT BURNS, trois fois vainqueur du trophée Jack Adams avec trois équipes différentes (Canadien, Toronto et Boston).

Emporté par le cancer en novembre 2010, Burns aurait dû être honoré de son vivant, mais les décideurs ont attendu trop longtemps pour lui ouvrir les portes du temple. C’est son fils Jason et son épouse Line qui ont accepté les accolades à sa place.

Tout a été dit et écrit au sujet de ce flamboyant entraîneur qui a marqué à sa manière l’histoire du hockey, mais il fait bon revenir sur certains épisodes de sa carrière, spécialement son passage derrière le banc des Maple Leafs de Toronto.

Pat Burns: une coupe Stanley, trois trophées Jack Adams et une vie bien remplie.

Pat Burns: une coupe Stanley, trois trophées Jack Adams et une vie bien remplie.

En 1992, à peine quelques heures après avoir été remercié par Serge Savard, Burns a été embauché pour diriger les Leafs et il est rapidement devenu une légende vivante dans la Ville reine.

Ex-policier et agent double à Gatineau, Pat était un homme bourru, très exigeant envers ses joueurs. Il ne supportait pas les demi-mesures et ne se gênait pas pour égratigner ses protégés sur la place publique. À Toronto, on l’a baptisé Forrest Grump!

«Avec son regard de feu, il n’intimidait pas seulement les recrues. Il intimidait tout le monde, se souvient l’ex-défenseur Todd Gill. Tu savais exactement à quoi t’en tenir avec lui».

Battu par Gretzky

«Pat n’était pas toujours «commode», mais il savait sur quel bouton appuyer pour faire fonctionner l’équipe», a confié Wendel Clark à un journaliste du Toronto Star.

«Honnêtement, il était parfois un «enfant de chienne», a renchéri l’ex-défenseurDave Ellett. Il parlait fort et ne ménageait personne. Tu le savais très vite s’il n’était pas satisfait de ton rendement. Par contre, il te donnait toujours la chance de te racheter le lendemain. Il avait décidé d’utiliser tous les moyens à sa disposition pour changer la culture perdante qui minait l’équipe depuis trop longtemps».

Burns a si bien fouetté ses troupes et cimenté l’esprit d’équipe que les Leafs ont atteint la troisième ronde des séries au printemps 1993. Ils ont même pris une avance de 3-2 dans leur duel contre les Kings, mais ils ont finalement été battus par Wayne Gretzky qui a joué «le match de sa vie» sur la patinoire du vieux Gardens.

Si les Leafs avaient gagné cette série, ils auraient affronté le Canadien en finale. Imaginez le spectacle auquel on aurait eu droit entre Burns et son ancien club. Burns parlait souvent de cette équipe de 1993 avec Doug Gilmour et Félix Potvin comme chefs de file. «Une équipe tissée serré», aimait-il rappeler.

Un prix à payer

Cliff Fletcher, qui était alors le grand manitou des Maple Leafs, n’oubliera jamais son ancien coach. «Il y avait quelque chose de spécial chez cet homme, dit-il. Pat commandait le respect. Ce gars-là a passé 30 jours en prison après avoir travaillé sur un dossier de revendeurs de drogue. Il faut avoir la couenne dure pour exercer ce genre de métier. Je pense que son passé de policier l’a aidé à devenir un excellent motivateur, mais il y a toujours un prix à payer si tu pousses constamment dans le dos de tes joueurs».

Dans le fond, Pat aimait ses joueurs et les poussait au maximum. Un beau jour, le message ne passe plus et il faut changer de ville. C’est comme ça, le coaching.

Henri Richard a procédé à l'inauguration officielle de l'aréna Pat-Burns à Stanstead. On aperçoit également Line Burns, le député Pierre Reid, Réjean Houle et Guy Carbonneau.

Henri Richard a procédé à l’inauguration officielle de l’aréna Pat-Burns à Stanstead. On aperçoit également Line Burns, le député Pierre Reid, Réjean Houle et Guy Carbonneau.

Burns a été limogé par les Leafs en 1996, puis il a vécu de nouvelles aventure avec Harry Sinden et Lou Lamoriello. Il a gagné un autre trophée Jack Adams à Boston avant de mener les Devils à la conquête de la coupe Stanley (2003) avec la complicité de Martin Brodeur. Au total, il a gagné 501 parties dans la Ligue nationale.

À Montréal, il a aussi connu de bons moments derrière le banc. À sa première campagne, il a mené le Canadien en finale de la coupe Stanley, mais ce sont les Flames de Calgary qui se sont sauvés avec la coupe.

Son caractère bouillant lui a causé certains ennuis et attiré quelques critiques. Une fois, exaspéré, il a même dit à Shayne Corson de «manger d’la marde».

Deux hommes différents

Burns était un homme très différent à la patinoire et dans la vie de tous les jours. Il était un ours au coeur tendre. Il pouvait être charmant et très drôle, surtout quand il racontait ses aventures dans la police. Ceux qui l’ont côtoyé à Magog, où il a longtemps passé ses étés, en gardent un excellent souvenir. Je le vois encore cigare au bec et scotch à la main devant l’Auberge Orford!

Vers la fin de sa vie, les gens de Stanstead lui ont fait un très beau cadeau en donnant son nom à leur nouvel aréna. À cause du cancer qui le rongeait depuis cinq ou six ans, il n’a pas vu le produit fini, mais c’était son héritage pour les jeunes de la région et il en était fier. En 2014, on cherche encore de l’argent pour compléter le financement de l’aréna.

J’ai un autre souvenir amusant. Vers la fin des années 1980, alors entraîneur des Canadiens de Sherbrooke, Pat s’est rendu à Milby pour participer à mon tournoi de golf. Juste avant d’arriver au club, il a été arrêté par la police pour excès de vitesse. Vous auriez dû le voir avant qu’il frappe sa première balle!

Après une si belle carrière, il est dommage qu’il n’ait pu être à Toronto pour recevoir l’hommage ultime. La vie est souvent injuste.